Mon enfant fait des colères

Ahh la colère des enfants ! Combien d'adultes se sentent démunis devant un petit enfant qui se met subitement à hurler, à sa rouler par terre, devant un jeune enfant qui "répond", ou un ado qui insulte.... La colère est une émotion mal connue et pourtant utile, tellement utile....Et si on apprenait à mieux la connaitre, pour aider les enfants à l'utiliser à bon escient ? Peut-être même qu'on pourrait se réconcilier avec la notre et mieux la comprendre...

La colère, ça sert à quoi ?

La colère fonctionne comme toutes les autres émotions. C'est un signal que nous envoie notre cerveau pour signaler que quelque chose dans notre environnement se passe que nous n'avions pas prévu, et qui plus est, qui peut s'avérer dangereux. Oui, vous avez bien lu, qui peut s'avérer dangereux. Je m'explique : D'abord, elle se manifeste par un certain nombre de ressentis physiques, qui si nous n'y prêtons pas attention, vont devenir de plus en plus présents, jusqu'à nous faire "sortir de nos gonds". Mais j'y reviendrai plus tard. Ensuite, parce que la colère se manifeste souvent lorsque nous sommes confrontés à une situation qui nous parait injuste, pour nous-même ou pour les autres. C'est donc un bel atout pour nous aider à lutter contre l'injustice. C'est aussi une émotion qui se manifeste lorsque notre intégrité physique ou psychique est menacée. Et là encore, ça me prit indispensable d'en tenir compte, parce que le respect de notre intégrité est indispensable à notre épanouissement personnel et avec les autres. Ou encore lorsque nos besoins ne sont pas respectés. Or, la satisfaction de nos besoins participe là aussi à notre bien-être.

Quand l'enfant "fait une colère"...

Et pour l'enfant quelque soit son âge, c'est exactement la même chose que pour un adulte. Sa colère a TOUJOURS une raison d'être. Comme pour un adulte, sa colère peut être déclenchée par le non respect de ses besoins ou de son intégrité, ou par une situation d'injustice qu'il subit. La différence fondamentale entre la colère de l'adulte et celle de l'enfant, et c'est la même chose pour toutes les émotions d'ailleurs, c'est la difficulté qu'a l'enfant, à réguler son émotion, du fait de l'immaturité de son cortex préfontal, la partie du cerveau qui gère le raisonnement, la capacité à prendre du recul, etc... qui n'est mature qu'à l'âge de... 25 ans environ. Or, à cause d'une grande méconnaissance des mécanismes de régulation émotionnelle, nous attendons d'un enfant, d'un ado, qu'il accepte la situation sans broncher, et considérons qu'un enfant est mal élevé s'il ne se comporte pas comme un adulte, et ce, dès l'age de 18 mois (et encore, je suis gentille...)

Aux frontières de l'adultisme

Un autre élément entre en compte pour expliquer notre méconnaissance du développement émotionnel des enfants, ce sont nos croyances. Par exemple, nous entendons souvent que 'les enfants doivent apprendre à gérer la frustration". Cette croyance nous pousse à obliger nos enfants à faire taire toute manifestation de colère, sous prétexte d'acceptation de "la frustration". Et à ne pas apporter à l'émotion de l'enfant toute l'importance qu'elle mérite, en la nommant sous le terme de "colère", voire de "caprice". Et parfois, nous ne nous rendons pas compte que nos exigences, sont plus proches d'une prise de pouvoir sur l'enfant que d'une véritable posture d'autorité. La confusion entre autorité et pouvoir est extrêmement fréquente, mais j'y reviendrai dans un autre article. Ma position concernant la frustration, c'est que l'enfant y est confronté très tôt dans sa vie, puisqu'il nait dépendant et est donc contraint de faire face à une grande frustration quand il est obligé de passer par l'adulte pour répondre à ses besoins, et que celui ci ne répond pas. Il en va de ses besoins primaires (comme la faim ou la soif), et aussi de ses désirs, qui eux, ont besoin non pas d’être frustrés exprès, mais de se confronter aux limites de l'autre. Ce qui va donc aider un enfant à grandir, ce n'est pas d'apprendre à gérer sa frustration, sans manifester sa colère, mais de rencontrer un autre être humain qui pourra comprendre les raisons  de sa colère, sans pour autant renoncer à ses propres besoins.

Quand la colère n'en est pas une...

Il arrive fréquemment dans les accompagnements que je propose, que je rencontre un parent ou un professionnel, qui me parle de sa difficulté à gérer la colère d'un enfant. C'est pourtant très important, parce que la façon dont nous allons réagir à la colère de l'enfant va conditionner la façon dont l'enfant, puis l'adulte, va l'exprimer... ou pas. Pour illustrer mon propos, je vais vous parler de Marie, maman de Manon, 3 ans et demi. Un matin, Marie se prépare pour aller travailler et doit déposer Manon à l'école. elle veut l'aider à s'habiller, voudrait que sa fille se dépêche de prendre son petit déjeuner, mais voilà, Manon, elle, elle veut jouer. Et quand sa maman lui dit de se dépêcher, essaie de l'habiller de force, la petite se débat, court dans toute la maison, bref...Plus Marie voit l'heure tourner, plus elle stresse. Et finalement, elle se fâche contre sa fille, et la gronde. La petite se met alors à hurler, et à se rouler par terre (toute ressemblance avec un enfant et un parent que vous auriez déjà croisé ne serait pas du tout fortuite, vous vous en doutez ;-)) Marie tente alors d'accueillir l'émotion de sa fille :

Je vois que tu es en colère, c'est normal, mais je dois être à l'heure au travail. j'ai une réunion importante ce matin

Et la petite, loin de se calmer, est de plus en plus submergée par son émotion. Et c'est comme ça plusieurs fois pas jour...D'où le fait que la maman s'adresse à moi.

 

Derrière la colère de la maman qui a grondé sa fille, il y a plusieurs choses... en fait, au départ, ce n'était pas de la colère. Mais de la peur. Marie avait peur d’être en retard, et voyant que sa fille trainait, elle s'est mise à avoir de plus en plus peur.. elle a donc essayé de changer les choses en essayant de contrôler le comportement de sa fille. Ce qui est une réaction tout à fait logique à la peur, mais pour le coup, totalement inadaptée. Plus ses tentatives de contrôles se sont avérées inefficaces, plus elle est montée dans l'émotion jusqu'à toucher du doigt son IMPUISSANCE, à répondre à son besoin. Et c'est là qu'elle a explosé et qu'elle a exprimé de la colère. Du côté de sa fille, la petite voulait jouer, ce qui est, il faut bien le dire, la préoccupation principale et la plus utile à cet âge. Elle voulait jouer et elle avait BESOIN de jouer, puisque c'est par le jeu qu'elle apprend. Mais elle est incapable de le dire avec des mots, parce qu'à cet age, et beaucoup plus tard d'ailleurs si personne ne nous l'apprend, il est très difficile de connaitre son besoin et de l’exprimer, même si on parle.

 

Devant l'incompréhension de sa maman qui, elle même prise par son émotion, a tenté de l'empêcher de jouer, la petite a commencé à résister.. et à jouer encore plus. Non pas parce qu'elle ne comprenait pas le besoin de sa maman d’être à l'heure, mais parce que le besoin de la maman entrait en conflit avec son besoin à elle. Elle protégeait ainsi son besoin, et son intégrité de petite fille.

 

Quand Marie s'est mise à crier, la petite a probablement eu peur. Elle a peut être senti son impuissance à pouvoir jouer parce sa maman était "la plus forte" et qu'elle allait devoir renoncer. Elle a peut être ressenti de la tristesse. Et submergée par son émotion, elle l'a exprimé comme elle a pu.

On voit dans cet exemple comment ce qu'on appelle de la colère, qui est en fait de la rage, prend le pas sur une autre émotion qui n'a au départ, rien à voir avec la colère....

Accompagner la colère de l'enfant, comment faire ?

Ce que cette histoire nous montre également, c'est combien nous sommes maladroits dans l'accueil des émotions désagréables. Quand Marie tente d'accueillir l'émotion de sa fille, elle nomme ce qu'elle croit etre l'émotion de son enfant, et immédiatement après elle poursuit par un "mais"..... Ce petit mot indique alors, qu'elle cherche à faire accéder sa fille à son propre point de vue, afin qu'elle tienne compte de son propre besoin. Cela fait appel au raisonnement; qui est très difficile pour une petite fille de cet âge, et qui plus est, à n'importe qui qui est aux prises avec une forte émotion. La première chose dont l'enfant a besoin lorsqu'il éprouve une émotion désagréable, c'est d'une présence empathique. On peut ainsi accueillir l'émotion de la petite Manon en disant quelque chose comme :

Je comprends que tu aies envie de jouer. C'est difficile pour toi d'arrêter de jouer pour aller t'habiller, tu préfèrerais continuer à t'amuser avec ta poupée. Je comprends, pour moi aussi c'est difficile de m’arrêter de faire quelque chose que j'aime pour aller faire quelque chose que je n'ai pas envie de faire...

Parfois, l'enfant hurle et ne nous écoute pas. Mais notre seule présence lui signifie que nous le comprenons, et que  nous acceptons son émotion. il arrive également qu'un enfant ait besoin d'etre isolé pour retrouver son calme. il est alors utile de lui aménager un endroit douillet, dans le salon ou dans sa chambre, où il peut se ressourcer en attendant que la tempête se calme. Et si c'est pour nous que c'est difficile, nous pouvons lui montrer l'exemple en se retirant de la relation, pour prendre quelques minutes et prendre soin de nous. Il le fera alors de lui même en grandissant.

 

Et c'est seulement lorsqu'il est apaisé, que l'émotion est redescendue au bout de quelques minutes, qu'il peut verbaliser et qu'on peut l'aider à mettre des mots sur son ressenti :

Oh ça va mieux. Qu'est ce qui s'est passé ? Est-ce que tu étais triste ? Tu as eu peur ?

Et l'enfant va progressivement apprendre à mettre des mots sur ses ressentis. C'est à ce moment là qu'on peut l'aider à faire le lien entre l'émotion et le contexte et à comprendre le besoin non assouvi qui était à l'origine de l'émotion. mais j'en parlerais plus en détail dans un prochain article. La difficulté pour nous les adultes, c'est de comprendre que derrière ce que nous considérons comme de la colère, il peut y avoir d'autres émotions et que l'enfant protège ses besoins. Et plus l'enfant est petit, plus c'est à nous e décoder quel peut etre ce besoin.

Épilogue

Après quelque séances d'accompagnement parental, Marie connait désormais beaucoup mieux les mécanismes qui la mènent, elle et sa fille, à des situations qui finissent mal. Ce matin, elle est pressée. Elle a peur d’être en retard, comme souvent. Elle dit à sa fille de venir s'habiller, mais la petite refuse. Elle veut finir de coiffer sa poupée. Elle lui demande de se dépêcher, et voyant que sa fille n'obéit pas, elle sait que c'est elle qui doit changer de stratégie rapidement, pour éviter de courir à la catastrophe. Alors elle prend deux minutes pour réfléchir, prend la poupée, et avec une toute petite voix, fait parler la poupée qui s'adresse à sa fille :

"maman, maman, finis vite de me coiffer, je dois aller chez ma nounou ce matin, et toi, tu ne dois pas être en retard"

Et ce matin là, tout le monde est arrivé à l'heure...

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