Faut-il laisser pleurer les bébés ?

A la lecture de mon précédent article (à retrouver ici, pour ceux qui l'auraient manqué...), certains parmi vous m'ont interpellée sur la nécessité de laisser pleurer les bébés afin de leur permettre de se libérer des tensions de la journée et de trouver le sommeil. Et ça tombait plutôt bien, puisque j'étais déjà en train de travailler sur l'article d'aujourd'hui, qui traite justement de ce sujet. A croire que certains parmi vous lisent dans mes pensées. Il est vrai qu'aujourd'hui on entend pas mal d'avis contradictoires sur le sujet Entre ceux qui pensent qu'"il ne faut pas laisser pleurer les bébés", au risque de leur provoquer des traumatismes et ceux qui pensent qu'"à trop consoler un bébé, on en fait un capricieux", il est difficile de ne pas y perdre son latin (quoique le latin est déjà en train de se perdre dans notre pays, mais ça c'est un autre débat... ;-)).

J'avais donc envie aujourd'hui de vous parler de ce sujet afin de vous donner mon avis, et quelques pistes qui,  je l'espère, vous permettront d'y voir plus clair sur le sujet.

Pourquoi bébé pleure-t-il ?

La plupart du temps, les bébés pleurent pour manifester un besoin. La faim, la soif, une douleur ou un inconfort. C'est le seul moyen d'expression dont dispose le bébé pour attirer l'attention de l'adulte dont, rappelons le, il est totalement dépendant dans les premières années de sa vie. Cela dit, avant de pleurer, si on est attentifs, on peut rapidement apprendre à repérer un certain nombre d'expressions du visage ou d'attitudes corporelles, que le bébé va adopter et qui permettent de le comprendre. Un bébé qui a faim va chercher le sein, un bébé qui  a mal au ventre va se tortiller et faire la grimace. Les pleurs arriveront dans la continuité de tous ces comportements si l'adulte n'est pas réceptif à tous les signaux précédemment envoyés. Mais ils seront absents si l'adulte répond aux besoins dès les premières manifestations non verbales de l'enfant.

Pour ce qui est des troubles somatiques, type coliques, maux de têtes ou encore RGO, je ne saurais trop vous conseiller de vous rapprocher d’un bon ostéopathe, qui saura examiner votre bébé et l'aider à se libérer de tensions corporelles qui contribueront sans doute à l’apaiser.

Il peut arriver également que certains bébés pleurent la nuit, entre deux cycles du sommeil. Exactement comme nous, les adultes, qui entre chaque cycle avons des micro-réveils pendant lesquels on se retourne dans notre lit, pour enchainer sur le cycle suivant, certains bébés pleurent quelques minutes avant de se rendormir pour le cycle suivant. Ils ne sont alors pas réveillés et n'appellent pas, et si on intervient, on risque alors d'interrompre le passage au cycle suivant et de perturber leur sommeil.

Il en va de même pour certains bébés qui s'endorment au sein ou dans les bras de leurs parents, et qui sont déposés ensuite dans leur lit. Lorsqu'ils se réveillent dans la nuit, ils ne reconnaissent pas l'endroit, où ils se sont endormis ni les circonstances, et se sentent alors perdus. Un peu comme nous si nous nous endormions dans notre lit et nous réveillions dans la salon, sans comprendre comment on est arrivés là...

Et effectivement, comme certains l'ont souligné, certains bébés ont besoin de pleurer pour libérer leurs tensions avant de se laisser aller dans le sommeil. Mais j'y reviendrai un peu plus tard....


Quand bébé pleure "beaucoup"

Ceci étant dit, certains bébés pleurent plus que d'autres. En moyenne, un nouveau né pleure environ deux heures par jour. Et comme c'est une moyenne, certains bébés pleurent moins, d'autres plus, sans que cela soit le signe d'un problème. Toute la question est donc de savoir quand il est nécessaire de s'inquiéter. Et là, j'ai déjà envie d'éclaircir un point essentiel :


UN BÉBÉ NE FAIT PAS DE CAPRICE


Non, jamais. Ni même un enfant d'ailleurs. Pas plus qu'un adulte. Que les choses soient claires, les caprices n'existent pas. Mais ça aussi j'y reviendrai. Donc, si un bébé pleure, c'est qu'il y a une raison. La seule façon de savoir si votre bébé pleure beaucoup est de se fier à votre ressenti. Car la question n'est pas de savoir si objectivement il pleure beaucoup, mais de savoir jusqu'où vous, vous supportez ses pleurs. Et si effectivement, cela vous parait lourd, anormal, alors je vous invite fortement à vous écouter, et à écouter votre bébé.

Entre BABI et baby blues...

Outre les raisons évoquées plus haut qui pourraient expliquer les pleurs de votre bébé, il peut arriver que certains bébés soient prisonniers de ressentis émotionnels perçus pendant la grossesse ou pendant la naissance. Ainsi, certains bébés, perçus d'abord comme des Bébés Aux Besoins Intenses (couramment appelés BABI), sont en réalité aux prises avec des émotions dont ils ne savent que faire ou qui ne leur appartiennent pas. Donc si les pleurs vous paraissent excessifs, si vous avez eu une grossesse difficile, un accouchement compliqué ou non conforme à vos attentes, je vous encourage fortement à consulter avec votre bébé, un kinésiologue, un professionnel de la communication connectée ou de la Parole au bébé, qui pourra vous aider à comprendre ce qui se passe et vous donnera des clés pour gérer au mieux la situation.

Accompagner les pleurs de son enfant...

Une fois tous ces facteurs pris en compte, si vous ne comprenez toujours pas pourquoi votre bébé pleure, il est probable alors qu'il s'agisse de pleurs qui permettent de libérer bébé de ses tensions. Et c'est là que ça se corse. En effet, les derniers travaux en neurosciences montrent qu'une bébé qu'on laisse pleurer, va ressentir du stress et que sont cerveau va sécréter du cortisol, dont les effets seront délétères pour ses neurones en construction. Mais que les choses soient claires, ce ne sont pas les pleurs de l'enfant qui lui font ressentir du stress. Mais le ressenti émotionnel qui y est associé. En effet, si l'enfant a BESOIN de pleurer pour se libérer de tensions accumulées dans la journée, vouloir le consoler à tout prix est parfaitement contre-productif et ne répond pas à son besoin, qui est justement, celui de pleurer ! Ces pleurs là sont en général ceux qu'on appelait autrefois "les pleurs du soir". Ceux qui arrivent en fin de journée, quand bébé commence à fatiguer des nombreuses sollicitations et stimulations qu'il a subi dans la journée. Il est donc nécessaire qu'il les exprime. Et ce qui va avoir un effet délétère sur la construction de son cerveau, ce ne sont pas ces pleurs, mais la façon dont ils seront reçu ou non, par l'adulte. L'enfant a à ce moment besoin de notre empathie. Il n'a pas besoin qu'on arrête ses pleurs, mais au contraire qu'on les accueille comme étant légitimes.

Prendre son bébé dans ses bras, le mettre tout contre soi dans une écharpe de portage, ou le maintenir dans une position contenante peut participer à accompagner votre bébé. Comme vous le voyez sur la photo ci-contre, soutenir la tête de votre bébé, rassembler ses mains et ses jambes sur son ventre, respirer calmement et lui parler d'une voix douce peut lui permettre de se sentir en sécurité et de pleurer autant que cela lui sera nécessaire avant de retrouver son calme.

Empathie bien ordonnée commence par soi-même...

Toute la difficulté de l'exercice réside dans notre propre capacité d'empathie. Or, l'empathie comporte plusieurs dimensions. L'empathie affective, qui consiste à être sensible aux pleurs d'un bébé et de vouloir y répondre (j'entends que bébé pleure et je veux lui venir en aide). L'empathie cognitive, qui consiste à comprendre ce qui provoque les pleurs du bébé, et donc, aide à y répondre ( je comprends pourquoi le bébé pleure). Et enfin, la capacité de se mettre émotionnellement à la place de bébé (je comprends pourquoi il pleure, parce que moi, à sa place, et dans cette situation, je pleurerai aussi...). Et c'est là que ça devient complexe et subtil. Complexe, parce qu'à cause de préjugés à la dent dure, nous sommes nombreux à ne pas avoir été consolés quand nous étions bébés. A la place d'un "si j'étais à ta place, je pleurerais moi aussi", nous avons plutôt reçu des "arrête tes caprices", "tu ne vas pas pleurer pour si peu", "je ne vais pas le prendre dans le bras sinon, il va devenir capricieux", et j'en passe.... Il peut alors nous être difficile de reconnaitre comme légitimes les débordements émotionnels des tout petits.


Par ailleurs, s'il est essentiel d’être sensible aux pleurs de nos petits, il est primordial de savoir que si ces pleurs nous déstabilisent, que nous nous sentons démunis face à eux, si nous touchons du doigt notre impuissance à les faire cesser, alors il est primordial de changer de stratégie.

Entre empathie et contagion émotionnelle...

En effet, l'empathie dans toutes ses dimensions, implique d'être sensible à la détresse de l'autre, de la sentir en soi, mais de ne pas la confondre avec la sienne. En effet, si les pleurs de votre bébé vous attristent, vous fendent le coeur, vous déstabilisent au point que vous n’êtes pas capable du moindre recul, c'est alors le signe que vous ne pouvez pas l'aider. Ou du moins pas maintenant. Ou pas directement. 

Faire son possible pour soulager les pleurs de son bébé sans succès peut vous mettre en contact avec tout un tas d'émotions particulièrement délétères, sinon pour vous ou votre bébé en tout cas pour la relation. En effet, vous pouvez finir par vous sentir impuissant(e), en colère, profondément attristé(e) voire nu(le) en tant que parents. Et tous ces ressentis peuvent vous conduire à la violence envers votre enfant ou vous mêmes.

Il est donc indispensable, au moment où vous ressentez tout cela, que vous cessiez de faire ce que vous faites. Si vous êtes seul(e), posez votre bébé dans son lit, dites lui que c'est trop pour vous et que vous allez prendre un moment pour vous et que vous revenez. Et quittez la pièce. Allez boire un verre d'eau fraiche, respirer un bol d'air. N'importe quoi qui peut vous permettre de vous aider à vous libérer de ces émotions qui vous empêchent d'agir de façon efficace. Si vous avez quelqu'un à proximité, passez le relais. Votre conjoint(e), un(e) ami(e), la voisine, etc... Quelqu'un qui pourra agir de l'extérieur et pourra faire profiter de sa sérénité à votre bébé.

Car un bébé a besoin de pouvoir s'appuyer sur un adulte sécurisant pour utiliser sa capacité à réguler son émotion et réguler la sienne. Constater que sa propre détresse déclenche la votre peut contribuer à le mettre encore plus en insécurité et risquera de vous entrainer dans un cercle vicieux particulièrement destructeur. Lui permettre de se libérer de son émotion auprès d'un autre adulte, et vous permettre de prendre du recul pour revenir plus serein dans la relation, est une des plus belles leçons que vous pourrez lui enseigner.

En conclusion

Les pleurs de bébé sont un comportement. Et tout comportement est un langage. Apprendre à décoder les pleurs de son bébé, y répondre de façon adaptée, prend du temps. Savoir quand intervenir et comment intervenir, est une tâche bien difficile. Le rôle de parent est un des plus difficiles qui soit. Nous avons le droit à l'erreur. Votre bébé ne Vous en voudra jamais de ne pas comprendre tout de suite de quoi il a besoin. Par contre, il sera indéniablement sensibles à tous les efforts que vous ferez pour mettre du sens sur ses pleurs, et à y répondre de façon adaptée. Il ne vous en voudra jamais de le laisser pleurer un moment seul, si c'est pour le protéger de votre impuissance et de votre violence. Il sera sensible à votre capacité à reconnaitre votre humilité, qui vous poussera à accepter vos limites et à passer temporairement le relais, pour qu'il puisse s'appuyer sur un adulte contenant qui l'aidera à s'apaiser pendant que vous ferez de même. Votre bébé n'a pas besoin de votre perfection. Il a besoin de votre authenticité d'être humain, pour reconnaitre et apprivoiser la sienne.

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Commentaires : 20
  • #1

    Schippers Monique (lundi, 07 septembre 2015 16:43)

    Sublimissime ☺.
    Merci

  • #2

    cahue (lundi, 07 septembre 2015 21:25)

    bel articles

  • #3

    mimi (mardi, 08 septembre 2015 13:22)

    C exactement Ca.belle ouvert7 d esprit

  • #4

    oxalis (mardi, 08 septembre 2015 22:24)

    Top cet article est top!
    J'essaie tous les jours d'accompagner ma fille dans ses ressentis.
    Et j'attends avec impatience le prochain article sur "les caprices n'existent pas"!

  • #5

    Magali (dimanche, 08 novembre 2015 22:22)

    C'est tout à fait ce que j'ai ressenti avec ma fille sans savoir l'expliquer avec des mots. Merci pour cet article !

  • #6

    SwissGirl (mardi, 12 janvier 2016 14:17)

    Superbe article ! Merci :-)

  • #7

    Maman-etc (jeudi, 28 janvier 2016 19:39)

    Merci pour cette remise au point! Je partage l'article!

  • #8

    Clementine (jeudi, 28 janvier 2016 23:01)

    Merci pour cet article, très intéressant.

  • #9

    Agathe (vendredi, 29 janvier 2016 12:56)

    Si j'arrivais à faire comprendre ça à mon entourage, j'arrêterai d'entendre que ma fille fait des caprices et me manipule.
    Mais je ne suis pas d'accord sur le fait que les caprices n'existent pas: quand je persiste à réclamer un truc que je ne veux finalement pas tant que ça. Alors je fais un caprice ^^.

  • #10

    Marjorie (vendredi, 29 janvier 2016 13:08)

    Bonjour,
    le fait de persister à réclamer un truc qu'on ne veut pas tant que ça est impossible pour un bébé. Les bébés réclament pour combler leurs besoins. quand aux enfants plus grands, ils réclament souvent pour ce qu'ils désirent, et derrière chaque désir, il y a toujours un besoin... Le plus difficile pour l'adulte, c'est de trouver lequel...

  • #11

    cathy (vendredi, 29 janvier 2016 13:22)

    Etude très riche d'enseignement.Bien que mes enfants soient grands, je réalise qu'en tant que maman, j'ai vécu nombres de ces situations et commis "des erreurs par amour"; par exemple, je ne supportais pas de le laisser pleurer très longtemps,etc.. jusqu'à être complètement épuisée et oui, je n'ai aucune honte à le dire.L'amour démesuré ,la culpabilité de le laisser pleurer, je n'ai parfois pas assez pris de distance pour réagir intelligemment et transmettais,sûrement,mon anxiété à mes enfants; attitude complètement négative pour eux et moi et non constructive pour bébé. Je vais transmettre cette étude à ma future belle fille qui est d'une très grande sensibilité, afin que lorsqu'ils décideront d'avoir bébé, ils ne commettent pas trop d'erreurs et raisonnent avec psychologie en étant à l'écoute des pleurs(seuls moyens de communication de bébé et sachent reconnaître "le message envoyé,dans ces pleurs, l'observer,l'écouter,lui parler etc..." Merci beaucoup pour la sagesse,profondeur de votre étude. Cathy

  • #12

    Christian (vendredi, 29 janvier 2016 14:32)

    Texte agréable à lire.
    Une remarque cependant, vous parlez d'ostéopathe, je ne sais pas où vous habitez mais en Belgique la profession n'est pas protégée et n'importe qui peut se dire "ostéopathe"... Il est donc plus judicieux de conseiller un pédiatre, qui lui a fait des études de médecine. En effet un ostéopathe peut parfois dépanner pour "manipuler" l'enfant, mais en théorie il ne peut pas faire de diagnostic ! Il pourrait passer à côté de chose grave plus facilement ou élaborer des diagnostics parfois farfelus...

  • #13

    Mathilde (samedi, 30 janvier 2016 00:20)

    Merci beaucoup, très bel article!! Qui peut marcher aussi pour les plus grandes. J'ai hâte de voir le suivant ayant une fille colérique et capricieuse!

  • #14

    Gabrielle (samedi, 30 janvier 2016 00:24)

    J'adore les informations intelligentes qui ouvrent notre esprit, qui nous font évoluer et adapter nos faits et pensées. Wow pour ce texte! Juste WOW!

  • #15

    Anaïs (samedi, 30 janvier 2016 07:18)

    Magnifique article !!
    Beaucoup plus ouvert que tout ce que l'on peut lire habituellement sur les pleurs des bb.
    Merci :-)
    Question : que conseillez vous alors pour l'endormissement du soir pour les petits bébés qui s'endorment aux bras ou au sein et qui du coup se sentent perdus lors d'un micro éveil dans la nuit et pleurent car ne peuvent pas se rendormir seul ?
    Car clairement dans la vraie vie et par expérience personnelle et professionnelle, on sait que décider de laisser pleurer bb pour s'endormir tout seul lors du premier endormissement du soir, lui permet de pouvoir retrouver les mêmes reperes en pleine nuit pour se rendormir seul dans avoir besoin d'appeler ... En 2 ou 3 soirs le problème est réglé et les enfants dorment ...
    Que pensée vous de cela ? Ces pleurs là sont ils délétères si par ailleurs ils sont baignés une attitude bienveillante et sécurisante ?
    Merci beaucoup

  • #16

    bertrand coHu tatiana (samedi, 30 janvier 2016 14:06)

    Un peu de lecture

  • #17

    Gwen (dimanche, 31 janvier 2016 09:11)

    Pourquoi ne parlez vous jamais des pédiatres ? Toutes ces problématiques sont leur quotidien et ils sont plus compétents que d'obscurs kinésiologues et ostéopathes pour accompagner les bébés et leurs parents !!

  • #18

    Marjorie (dimanche, 31 janvier 2016 11:22)

    Bonjour

    merci pour vos différents retours. Il m'est impossible de répondre à chacun d'entre vous de façon individualisée sur cet espace. Merci de me faire parvenir vos questions par mail (contact@mesmainsontlaparole.com)

  • #19

    Man (dimanche, 31 janvier 2016 22:37)

    Les manipulations que font les osteopathes leur appartiennent, un pediatre ne peut s y substituer. Souvent, ils sont kines ou autres professions en lien. Ils peuvent exercer dans des centres qui ont pignon sur rue. En tout cas, je constate de bons resultats ( regurgitation, coliques, accouchement avec forceps...) sur les petits a condition de prendre un osteo specialise petite enfance

  • #20

    Ketty (dimanche, 31 janvier 2016 23:29)

    Merci. Ma fille étant de nouveau dans une phase de pleurs votre article m'éclaire et va me permettre de discuter avec mon conjoint. Encore merci