La mère, un mammifère comme les autres... ou presque !

L'autre jour, j'avais une discussion avec une maman au sujet des ateliers que j'anime auprès des familles. Je lui explique mon travail, et là, elle me dit :

Je ne vois pas l'intérêt d'apprendre à être parent, nous, les mères, n'avons qu'à suivre notre instinct

Outre le fait que les ateliers de parents n'ont pas plus pour objectif, "d'apprendre à être parents", que les cours de préparation à l'accouchement sont là pour "apprendre à accoucher", cette remarque m'a permis de comprendre les réticences que pouvaient avoir certains parents à suivre des ateliers. Et aussi de tordre le cou à certaines idées reçues bien ancrées.

 

La première idée reçue à laquelle je vais me faire le plaisir de tordre le cou, c'est celle de l'existence de "l'instinct maternel". Et là, je sens que je vais déclancher une groose polémique, voire que je vais me faire tirer dessus à bout portant.

 

Disons le clairement, l'instinct maternel n'existe pas. C'est même la plus grosse surpercherie à laquelle on nous a fait croire, après celle du père noël, et celle du prince charmant (qui n'existent pas non plus. Ah, vous l'ignoriez ?)

 

Pour mieux comprendre mon point de vue sur le sujet, il est necessaire de faire une petite pise au point sur ce qu'est l'instinct.

Entre instinct et pulsion

 Nous, les humains, sommes des mammifères, mais nous ne sommes pas des tigres. Nous ne sommes pas de la même espèce.  L'instinct comprend un certain nombre de comportements codifiés propres à une espèce donnée. Ces comportements sont inscrits dans le développement de l'animal et son reproduits sans avoir eu besoin d'être appris auparavant.

 

Prenons donc l'exemple du tigre. Ou plutôt de la tigresse. Il y a des tigresses en Asie et il y en a aussi en Sibérie. Imaginons donc deux tigresses, une qui vit en Asie et une autre en Sibérie. A la naissance de leur tigron, elles auront exactement les mêmes comportements, les lècheront de la même façon, les sentiront, les nourriront, etc... Le tout sans s'être jamais rencontrées. Parce que la façon de s'occuper des petits est inscrite dans leur partimoine génétique et n'est pas un comportement appris. Leur comportement est lié à l'intinct.

 

Chez l'humain, les choses sont tout à fait différentes. Toutes les mères du monde ont le même objectif : Faire ce qu'elles croient être le mieux pour leur enfant. Seulement, dans les faits, cela peut prendre des formes très différentes en fonction de leur histoire personnelle, de leur culture et des pratiques et coutumes issues de leur environement. C'est ce qui caractérise la pulsion.

 

Ce qui  existe néanmoins, c'est ce que D. Winicott appelait "la préoccupation maternelle primaire". A la naissance d'un enfant, la mère est complètement centrée sur ses besoins. Et grâce aux hormones de l'accouchement et de la lactation, mais aussi du temps passé auprès de son petit, elle construit un lien d'attachement avec son enfant.

 

Si l'accouchement et la lactation sont physiologiques, la femme humaine a besoin de s'entourer d'autres personnes pour apprendre les gestes qui lui permettront de vivre les choses avec le plus de sérénité possible. Cela peut être d'autres femmes, comme cela se fait dans certaines cultures, ou de professionnels qui informeront la jeune mère sur les soins à donner au bébé. Et elle mettra en oeuvre à travers son maternage une partie de ce qu'elle a reçu et sa façon d'être mère sera fortement influencée par le soutien qu'elle recevra dans cette tâche.

 

La différence, c'est mieux ou moins bien ?

L'intention est donc commune, sa mise en oeuvre est différente. Malheureusement, dans une société basée sur la compétition, on ne peut pas s'empêcher de se comparer. Et on va attribuer à cette différence une dimension évaluative.

 

C'est ainsi que des mères qui auront du mal à créer un lien avec leur nouveau né vont parfois se sentir anormales, ainsi que celles qui auront du mal à s'investir totalement dans la maternité. Parce qu'on leur aura dit que grâce à leur instinct, elles comprendront toujours pourquoi bébé pleure, et que les choses viendront naturellement. Celles qui auront à coeur d'aimer leurs enfants mais de s'investir également professionnellement afin de s'épanouir en dehors de la maternité vont être qualifiées de "carriéristes", et qu'au contraire, celles qui s'épanouiront pleinement dans la maternité et ne ressentiront pas le besoin de s'investir ailleurs seront "trop fusionnelles".

Entre accouchement sans douleur et éducation sans filet

Il n'y a pas de meilleure façon d'être mère. Il y a autant de mères que d'histoires de vie. La façon d'être mère, ou père se construit sur la base du passé et du présent. Nous apprenons à devenir parents au contact de nos enfants. Et nous ne sommes pas les mêmes parents avec chacun de nos enfants....

 

Pendant longtemps, les femmes accouchaient sans trop comprendre ce qui leur arrivait, avec pour seule information le témoignage de leur mère et grand-mère qui avaient vécues la naissance avant elles. Aujourd'hui, les cours de préparation à la naissance permettent aux femmes de mieux comprendre leur corps, d'acquérir des outils pour mieux accompagner la douleur de l'enfantement, et d'être accompagnées dans la première rencontre avec leur bébé.

 

Etre accompagnés dans l'éducation de son enfant, c'est se donner une chance de mieux comprendre son fonctionnement, ses réactions, et les notres aussi. C'est acquérir des outils qui permettent de mieux communiquer, de les accompagner vers leur vie d'adulte avec le plus grand respect de leur rythme et de leur personnalité. C'est choisir de regarder en face les failles de notre propre éducation et leur donner une chance de vivre autre chose.

 

 

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Commentaires : 1
  • #1

    Sev (jeudi, 27 août 2015 10:57)

    Tres bel article, merci :)