Tu respecteras ton père et ta mère

Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler du respect. L'idée qu'un enfant DOIT respecter son père et sa mère, vient de notre culture judéo-chrétienne. Le respect témoigné au parent en reconnaissance de nous avoir donné la vie, est le point de départ du respect témoigné à toute autorité supérieure, du parent, au supérieur hiérarchique, pour finir par la figure la plus spérieure, Dieu.

 

On voit bien qu'à travers la notion de respect se dessine l'idée de l'obéissance à des règles dictées par une autorité supérieure. Donc derrière la notion de respect il y a celle de l'autorité.

 

Or, la notion de respect à la base, n'a rien à voir avec l'obéissance ni à l'autorité. Pour s'en convaincre, il est nécessaire de revenir à la définition même de ce mot.

Le respect, c'est quoi ?

Quand j'ouvre mon doctionnaire à la page de ce mot, voici ce que j'y trouve :

"Le respect (du latin "respicere" signifiant " regarder en arrière") évoque l'aptitude à considérer ce qui a été énoncé et admis par le passé et d'en tirer les conséquences dans le présent.

Le respect appliqué à un être humain prend un sens plus proche de l'estime, et s'appuie sur l'aptitude à se remémorer les actes auparavant accomplis par un être humain, lorsque ceux-ci sont dign

Il est dit du respect qu'il se mérite ou se gagne.

Si on s'en réfère à cette définition, il est dit que le respect s'acquiert sur la base  d' actes commis qui sont dignes d'être reconnus. On est loin du respect obtenu par la peur, la menace, ou une obéissance aveugle, mais on se rapproche au contraire, d'une reconnaissance volontaire accordée à quelqu'un dont on reconnait des actes qui nous paraissent héroiques, porteurs de valeurs fortes, que nous voudrions suivre comme exemple.

 

Le respect comme reconnaissance de l'expérience

Donc le respect est la conséquence d'actes communément admis comme dignes de respect. On nous parle donc de respect des parents, de respect des personnes âgées, et on y voit ici un respect qui serait la reconnaissance de l'expérience acquise par une expérience de la vie plus grande que la nôtre.

 

A noter que dans cette définition, il est dit que le respect se mesure sur les actes. Donc, il n'est pas fait de distinction entre la personne et ses actes. Et à mon avis, c'est là que le bas blesse....

 

Cette absence de  dictinction entre l'individu et ses actes, est une confusion extremement répandue. Les actes posés par quelqu'un sont rarement le fait de ce qu'il est. Le plus souvent, nous agissons en fonction de ce que nous pensons, de ce que nous ressentons, de ce que nous croyons, dans une situation donnée. Nos actes sont davantage ou du moins tout autant dictés par la situation dans laquelle on se trouve que par ce que nous sommes. Mais là n'est pas le sujet.

Entre respect et tolérance

Lorsqu'on aborde la question du respect de l'enfant, c'est là que se situe le problème... On peut tout à fait respecter un enfant et ne pas tolérer un comportement qui nous parait inadapté. Respecter quelqu'un, c'est lui reconnaitre le droit d'exister, d'être lui-même, de penser ce qu'il pense, sans pour autant y adhérer pour soi-même.... et sans pour autant adhérer à ce qu'il fait, et encore moins accepter de subir les conséquences de ses actes. Le respect de l'enfant implique le respect de se personnalité, donc de l'aider à acquérir les compétences relationnelles qui l'aideront à respecter autrui, et aussi à se faire respecter.

 

Apprendre à un enfant à respecter les autres commence par un respect de sa personne, et s'acquiert par l'exemple d'adultes qui se montrent respectueux envers lui. Tout en étant capable de l'aider à comprendre en quoi son comportement peut susciter de la réprobation, voire du rejet,et en l'aidant à acquérir des modèles relationnels plus adéquats.

 

En considérant que l'enfant ou d'une façon plus générale, une personne est ce qu'elle fait, on se prive de la compréhension des raisons qui le poussent à agir, et par extension, des besoins qui se cachent derrière... J'avais déjà abordé cet aspect dans un article sur la question des limites que vous trouverez sur ce blog.

 

Comprendre ce qui pousse un enfant à agir, n'a pas pour but de l'excuser, mais de l'expliquer et donc de trouver une façon de l'aider plus respectueuse de son besoin.

 

Je vais illustrer mon propos à travers l'histoire de Tom...

Distinguer émotion et expression

Tom est un adolescent de 12 ans. Sa maman vient me voir  et m'explique que son fils lui manque de respect. Lorsqu'il est en conflit avec se mère, ce qui arrive assez fréquemment, il l'insulte, hurle, et finit par partir soit dans sa chambre, soit dehors, le tout en claquant les portes de rage. Et sa maman ne supporte pas de se faire crier dessus, et encore moins insulter....

 

La dernière dispute a vraiment dégénéré. Tom s'est emporté, a crié, a hurlé sur sa mère, qui, se sentant dépassée, a fini par gifler son fils. Celui ci est alors parti en claquant la porte.... se réfugier chez son père, qui habite à quelques rues de là. Depuis il est chez son père et refuse de revenir.

 

La maman me raconte qu'elle ne sait pas comment faire pour que son fils revienne. Elle voudrait qu'il reveinne vivre avec elle mais ne veut pas qu'il lui "manque de respect". Lorsque je lui demande ce qu'elle fait pour éviter que son fils lui manque de respect, voici ce qu'elle me répond :

"Je l'ai prévenu, il n'a pas interêt à me manquer de respect, sinon, il sera puni !"

Je lui demande alors comment son fils peut-il exprimer sa colère sans lui manquer de respect. Et là, silence... Elle ne sait pas me répondre. Lorsque son fils est en colère, elle lui dit de ne pas insulter, et d'aller se calmer en allant courir dehors pour évacuer. Pour éviter de ce confronter à la colère de son fils,  elle l'encourage à l'évacuer, ou à la garder en lui, pour ne surtout pas l'exprimer par des insultes.

 

Dans cet exemple, on voit clairement que la maman confond le respect et l'expression de la colère. La colère est une émotion saine et comme toute émotion demande à s'exprimer. Appprivoiser sa colère, comprendre en quoi elle nous renseigne sur nos besoins, pouvoir la traverser sans être envahi par elle et sans qu'elle nous dépasse, savoir l'exprimer avec respect est un atout majeur pour notre vie relationnelle.

 

Si la maman de Tom ne sait pas distinguer la colère de son expression, c'est parce qu'on ne lui a pas appris. Parce que comme elle le fait pour son fils aujourd'hui, à chaque fois qu'elle osait dire son insatisfaction, relever une injustice, exprimer un besoin insatisfait, ses parents le percevaient comme un manque de respect. Donc les parents ont puni, privant ainsi leur fille de cet enseignement précieux qui aurait permis à leur fille devenue mère aujourd'hui, de s'affirmer face à son fils ( et à plusieurs autres personnes de son entourage d'ailleurs), de gérer sa colère sans en être submergée, de l'exprimer de façon saine sans tomber dans la violence et finir par le gifler. Ne l'ayant pas reçu de la part de ses parents, la voilà bien démunie pour transmettre ces compétences émotionnelles et relationnelles.

 

Progressivement, elle apprendra à ressentir sa colère, à l'exprimer avec respect, montrant ainsi à son fils, qu'on peut être en colère sans devenir violent, ni dans les mots, ni dans les actes....

 

Et son fils pourra alors reconnaitre en elle quelqu'un contre qui on peut être en colère, avec laquelle on peut ne pas être d'accord, mais digne de respect.

 

Il pourra alors devenir un adulte autonome, capable de distinguer les critiques constructives émises avec respect, des jugements dévalorisants. Il pourra choisir d'obéir ou plutôt de suivre les conseils avisés de personnes plus expériementées, à qui il portera la plus grande estime, et se protégér des personnes toxiques.

 

La relation avec des enfants, nous confronte indéniablement à notre enfant intérieur. Nous y découvrons chaque jour les richesses et aussi les failles de l'éducation que nous avons reçue. Nous pouvons choisir de reproduire et transmettre nos manques ou de profiter de cette opportunité pour apprendre nous aussi et devenir meilleurs. Ce choix nous appartient.

 

 

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