Education bienveillante, parentalité positive, le grand malentendu

Il y a quelques jours, j'ai lu un article au sujet de l'éducation bienveillante. Il y était question entre autres, de critiquer la façon dont l'éducation bienveillante est incarnée comme un dogme, qui sous couvert de preuves scientifiques issues des neurosciences, impose aux parents d'aujourd'hui d' être des parents parfaits, à la patience inaltérable, qui ne s'énervent jamais. On assiste alors à un clivage entre les personnes et les actes "bienveillants ou pas bienveillants", qui là aussi est issue à mon sens d'une totale incompréhension de la question. Je suis en effet la première à déplorer qu'elle soit parfois comprise et véhiculée de cette façon, parce qu'à mes yeux, cette conception fait infiniment plus mal que de bien. Et je commence à saturer de la récupération commerciale qui en découle, et de tous les articles que je lis (non, que je ne lis pas d'ailleurs...) qui commencent par "X trucs 'et machins pour obtenir telle ou telle chose de votre enfant". Néanmoins il me semble qu'on assiste avec l'émergence de cette conception de l'éducation à un changement de posture dans la relation à l'enfant et à ses parents.

L'éducation bienveillante, un dogme

On reproche donc à l'éducation bienveillante, d'être un dogme. A contrario, je suis toujours étonnée du nombre d'adultes qui agissent avec les enfants à partir de "Il faut/ Il ne faut pas ", "Je dois/je ne dois pas", ou encore à partir de certitudes issues de leur vision de ce qu'est un enfant ou à partir de ce qu'il imagine de ses intentions. J'en veux pour preuve les croyances du genre "Il faut mettre des limites aux enfants" et autre "je ne dois pas céder", ou les interprétations du genre "Il fait un caprice pour me manipuler pour que je cède".

Pour moi, on est là dans le registre d'un dogme, qui dicte les bonnes ou mauvaises attitudes à avoir pour être un "bon parent". Et la vision de l'enfant capricieux et manipulateur, émane de préjugés largement ancrés dans notre culture concernant les enfants, qui mènent tout droit à des comportements d'adultisme. Et elle témoigne aussi de la méconnaissance énorme qu'ont beaucoup d'adultes concernant les mécanismes émotionnels et relationnels qui régissent les rapports humains, avec eux mêmes ou les autres.

Tout ça pour dire, que si l'éducation bienveillante peut être perçue comme un dogme, alors c'est un dogme qui en remplace beaucoup d'autres. Mais des dogmes, il y en a depuis longtemps.

L'apport des neurosciences

Grace aux neurosciences, on comprend mieux aujourd'hui comment le cerveau de l'enfant, puis de l'adolescent et de l'adulte se développe. Les images d'IRM montrent que chaque expérience sensorielle, émotionnelle ou relationnelle, laisse une empreinte dans le cerveau encore immature de l'enfant. Mais on oublie à mon sens deux éléments. Ce sont des images, c'est à dire des photos à un instant T. Elles ne traduisent pas de la capacité du cerveau à se transformer et à se régénérer tout au long de la vie. Par ailleurs les études sur l'impact des Violences éducatives sont faites sur des groupes, et reflètent donc mal quel impact elles pourront avoir sur un individu donné. Bien sur il ne s'agit de dire qu'elles sont inutiles, car elles nous aident à prendre conscience de certains de nos actes et à les éviter le possible. Mais les neurosciences et autres études n'ont aucune valeur prédictive, ni prescriptive. Elles ne démontrent que des liens de corrélations entre des phénomènes et leurs effets. Et lorsque ces études donnent lieu à des interprétations, ou  deviennent prescriptives de ce qu'il faut faire ou pas, de ce qui est bien ou pas, voire pire, des injonctions, alors on s'éloigne de l'essence même de la parentalité positive.

Changement de société, changement de paradigme

Le développement des moyens de communication met à disposition des parents beaucoup plus d'informations, et là où hier ils recevaient les précieux conseils en matière d'éducation de leur famille et de la boulangère, aujourd'hui ils en reçoivent de ces mêmes personnes, et d'une multitude d'autres sur les réseaux sociaux, plus ou moins fiables, il faut bien le dire... Le coté positif est néanmoins que désormais, les parents sont de mieux en mieux informés, ce qui leur permet de faire des choix plus éclairés qu'autrefois. Et aussi de remettre en cause des choses bien ancrées dont celles dont je parlais plus haut.

On assiste alors à un changement de posture de la part des parents, et des adultes en général d'ailleurs, qui s'insurgent désormais, contre ce qui il y a quelques décennies, était pris pour acquis. Je pense par exemple, aux violences obstétricales, qui sont de plus en plus dénoncées, alors que nous avons plus ou moins tous dans notre famille, des femmes des générations précédentes, qui ont connu des accouchements atroces,  des épisiotomies qui leur ont valu des douleurs pendant des années, lors des rapports sexuels, ou autre" joyeusetés". Aujourd'hui on n'accepte plus de subir en silence, ni de ne pas pouvoir faire des choix en responsabilité.

Par ailleurs, les contraintes professionnelles et l'éclatement des familles confrontent beaucoup de parents à une solitude bien plus grande qu'autrefois.

C'est donc dans ce contexte où il y a une plus grande autonomie des parents, par rapport à leurs choix éducatifs, que désormais on tolère une plus grande diversité dans les choix éducatifs de chacun. Il n'y a pas une seule voie, une seule façon d'etre parent. Le choix est donc plus large, et les questionnements plus nombreux.

Éducation bienveillante qu'est ce que ça change ?

Ce changement de paradigme s'accompagne donc d'un changement dans la façon d'accompagner parents et enfants. Désormais, on ne réprime plus l'émotion d'un enfant, et on lui apprend à l'écouter et à la traduire en besoins. Et on lui enseigne des stratégies acceptables pour y répondre. Ceci afin qu'il puisse se connaitre, faire des choix une fois adulte, sans subir sa vie, mais en apprenant à traverser toutes les épreuves de la vie sur lesquelles il n'a aucun pouvoir, tout en jouissant pleinement de son pouvoir personnel sur ce sur quoi il peut agir.

Ce changement de posture implique de la part des adultes une prise de conscience de leurs propres mécanismes émotionnels, dont leur éducation les a privés, ainsi qu'une information sur le développement des enfants selon leur âge et des mécanismes qui régissent les relations entre les êtres humains. Ce sont les axes sur lesquels reposent les ateliers de parents qui sont proposés de plus en plus en France, et pour ma part, je vous propose de découvrir ici. Je propose également des formations professionnelles qui permettent de développer ces savoirs, et qui sont présentées ici.

Le grand changement de la parentalité positive c'est également que cette approche remet en cause le rapport de domination entre adultes et enfants. L'enfant et l'adulte son égaux en terme de valeurs et de besoins, ils ont chacun une place dans la relation qui est d'égale valeur, mais qui n'est pas la même. Les neurosciences ont montré que l'enfant dès son plus jeune age est doté de compétences sociales,  comme l'empathie, ou la capacité à discriminer les actes favorables au bien être d'autrui de ceux qui le desservent. Et c'est son environnement, donc les adultes qui l'entourent, qui vont contribuer ou non au développement de  ces compétences. Donc, on passe d'une éducation où on inculque de l'extérieur vers l'intérieur des compétences que l'on juge adaptées, à une éducation qui cultive des compétences déjà présentes à l'état embryonnaire.

L'autre grande révolution que représente la parentalité positive, qui découle de la fin de ce rapport dominant/dominé, c'est qu'elle se concentre sur la RELATION avec l'enfant (au sens de "se relier"), plutôt que sur le résultat. Cette posture issue de la Communication NonViolente, insiste sur le fait que c'est dans la relation, que l'enfant va pouvoir développer pleinement son potentiel. Que c'est dans les rencontres avec les autres, adultes et enfants, et dans les interactions qu'il va vivre, qu'il va développer sa conscience de lui même, des autres, et qu'il va pouvoir développer ses compétences émotionnelles et relationnelles.

Et si être parfait, c'était juste être soi-même ?

Ma conception de l'éducation bienveillante, c'est qu'elle permet à chacun d'aller vers plus d'authenticité. En écoutant nos émotions de parents, on prend conscience de nos besoins et limites. On se libère de la peur de l'avenir, et on n'éduque pas notre enfant par peur de ce qu'il pourrait devenir. On comprend aussi que nos difficultés ne font pas de nous des "mauvais parents", mais que parfois, elles sont la conséquence de contraintes sociétales sur lesquelles nous n'avons pas de pouvoir, ou de circonstances de vie qui peuvent être longues à modifier. Il ne s'agit donc pas d'etre parfaits, et impassibles en toutes circonstances, ni de faire ce qui est bien ou le mieux pour notre enfant, mais de faire les choix les plus adaptés à notre contexte de vie, à la situation du moment, et à nos responsabilités respectives. De faire tel ou tel choix, non pas parce que c'est ce qui est "le mieux pour notre enfant", ni parce que c'est "ce qu'il faut faire" selon tel ou tel principe, auteur, ou autre livre. Ni même parce c'est "bien, bienveillant", ou pas....On fait ces choix parce qu'ils correspondent à NOS valeurs, NOS besoins, que nous sommes à cet instant, et qu'ils nous permettent d'atteindre un équilibre satisfaisant pour tous, au sein de Notre famille.