Comment lui faire comprendre ?

Combien de fois ai-je entendu cette phrase ? Dans mes accompagnements parentaux ou formations professionnelles, je rencontre souvent des adultes préoccupés par un seul et même objectif : Faire comprendre à l'autre leur point de vue. Et j'avais envie, pour faire suite à mon précédent article (à retrouver ici...), de vous donner mon point de vue à ce sujet.

Comprendre, pour quoi faire ?

Ainsi, il m'arrive souvent dans ma pratique, de rencontrer des adultes désireux de transmettre un certain nombre de principes aux enfants, au nom de l'éducation. Une éducation, qui consisterait à faire comprendre à l'enfant que ce qu'il est est mal et que s'il faisait autrement, ou s'il cessait de faire ce qu'il fait, ce serait beaucoup mieux. Quel adulte n'a jamais essayé de faire comprendre à son enfant qu'il ne faut pas taper, qu'il faut dire bonjour, que faire un caprice (ou du moins, ce qu'il identifie être un caprice), ce n'est pas bien ? Tout se passe comme si le véritable objectif était de faire comprendre notre point de vue à l'enfant afin qu'il y adhère. Alors qu'en réalité, l'objectif et tout autre...

 

Cette volonté de "faire comprendre" à l'enfant repose sur une croyance très ancrée dans notre société selon laquelle, parce que l'enfant va comprendre que ce qu'il fait n'est pas adapté, il va cesser de le faire. Donc on va chercher à éteindre le comportement indésirable avec le secret espoir qu'un jour, seuls les comportements adaptés subsisteront. et pour cela, on va employer des méthodes plus ou moins efficaces (et plutôt moins, en général, d'ailleurs...), pour atteindre cet objectif.

 

La deuxième croyance qui sous-tend cette façon de faire, c'est de penser que l'enfant va trouver de lui-même comment remplacer un comportement inadapté par un comportement plus adéquat.

 

et il faut bien avouer, que ces façons de s'y prendre sont bien souvent parfaitement improductives, poussant les adultes à plus de sévérité, de colère, voire d'impuissance.

 

Pour illustrer mon propos, je vais vous raconter l'histoire du petit Tom, 6 ans, qui, malgré son jeune âge, a déjà compris beaucoup de choses...

 

Il ne faut pas faire pipi dans la cour !

Tom a donc 6 ans, et vient d'entrer au CP. Un matin, il arrive à l'école, et quelques minutes après son arrivée, alors qu'il n'est pas encore entré en classe et joue encore dans la cour, voila que lui prend une farouche envie de faire pipi. Il se dirige donc vers les toilettes, situées dans un petit cabanon dans la cour. Pas de bol, sa maitresse n'est pas encore arrivée, et c'est elle qui a les clefs du petit cabanon des toilettes fermées à double tour. Tom patiente, jusqu'au moment, où, n'y tenant plus, il se cache derrière un arbre et fait pipi dans la cour de l'école.... Et là , la maitresse arrive, voit le petit garçon et le punit pour avoir fait pipi dans la cour.

 

Quelques jours plus tard, je rencontre ce petit garçon qui me raconte sa mésaventure. Et je lui dis :

 

"Je sais Tom, que tu as compris que c'était sale de faire pipi dans la cour, alors pourquoi l'as-tu fait ?"

- "Ben tu sais, j'avais très envie, et les toilettes étaient fermées à clef, alors je n'avais pas le choix. "

-"Bon, et donc, tu as été puni. Comment comptes tu t'y prendre la prochaine fois ?"

- "Ben je referai pareil, tu comprends, une grosse envie de faire pipi, ça peut pas attendre !"

 

Cet exemple illustre très bien comment nous, les adultes, nous appliquons à essayer de faire cesser les comportements indésirables. Et au passage, comment une punition peut s'avérer parfaitement inefficace. Du point de vue de la maitresse, on peut comprendre aisément qu'elle tente de faire comprendre à cet enfant qu'il ne fallait pas faire pipi dans la cour, que c'était sale, et tout un tas d'autres choses. Et comme je le disais, nous avons tous tendance à faire cela. Mais c'est bien mal connaitre les mécanismes d'apprentissage des enfants... Et de tous les humains d'ailleurs....

Et si on essayait l'empathie ?

En effet, derrière l'idée de faire comprendre à l'autre qu'il doit se comporter de la façon dont nous pensons, il se peut très vite que nous glissions vers une relation de pourvoir sur l'autre. Avec l'idée, que nous, nous savons ce qui est bon pour lui et que lui, visiblement, ne le sait pas. Et aussi l'idée, que nous avons raison de penser comme nous pensons, parce que nous, nous savons. Or, comme je le dis souvent, personne n'a raison ou tort de penser ce qu'il pense, de faire ou de ne pas faire ce qu'il fait, mais tout le monde a DES raisons. En effet, il est toujours plus efficace d'écouter le ^point de vue de l'autre, afin de comprendre ce qui l'a amené à faire ce qu'il a fait, et d'explorer avec lui comment il pourrait atteindre son objectif autrement, plutôt que d'essayer de le convaincre de ne pas faire ce qu'il fait.

 

Ainsi, il serait plus efficace, de se mettre à la place de ce petit garçon, et d'essayer de comprendre ce qui l'a amené à faire pipi dans la cour, pour ensuite explorer avec lui les différentes  possibilités qui s'offrent à lui pour assouvir son envie pressante, autrement qu'en faisant pipi dans la cour de l'école.

Comprendre et excuser

Si nous n'avons pas l'habitude d'essayer de comprendre l'autre, les raisons qui le poussent à agir comme il le fait, ou pense comme il pense, c'est parce que dans nos représentations, comprendre, c'est chercher des excuses, et donc, cautionner le comportement. Cette confusion vient de notre système judiciaire, où un auteur de crime va voir sa ligne de défense construite à partir de tout un tas d'éléments qui vont contribuer à lui accorder des circonstances atténuantes, et donc à minimiser sa responsabilité dans l'acte commis, et donc, sa peine...

 

Mais ici, la démarche est toute autre. Il ne s'agit pas d'excuser, mais bien de se mettre à la place de l'autre, pour voir le monde à partir de sa fenêtre à lui. Ce phénomène est d'ailleurs le même entre tous les êtres humains. Il est parfaitement inefficace de dire à un adulte que la punition ( par exemple..) est inefficace, tant qu'il ne l'a pas expérimenté par lui- même. et tant qu'on n'a pas exploré avec lui ce qui le pousse à punir, pour réfléchir à comment il peut atteindre son objectif de façon différente.

Est-il nécessaire de comprendre pour changer ?

Ce que j'observe assez souvent, c'est que ni enfants ni adultes n'ont besoin de comprendre que ce qu'ils font est inadapté, pour changer de comportement. Comprendre est une démarche intellectuelle, alors que le comportement sert un besoin ou un objectif. C'est en expérimentant comment on peut atteindre son objectif, qu'on choisit de remplacer un comportement  par un autre plus efficace. Ce qui distingue un adulte d'un enfant, c'est son expérience. Les adultes ont déjà expérimenté certaines choses et oublient parfois, que c'est parce qu'ils les ont expérimenté qu'ils ont pu en mesurer l'efficacité. Mais aussi qu'ils ont eu besoin de réitérer plusieurs fois des comportements inefficaces pour décider de changer de stratégie.

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