Parents, soyez cohérents !

L'autre jour, en allant chez mon buraliste, je suis tombée sur un nouveau magazine qui traite de la parentalité. Un magazine qui se dit "le magazine de la famille". Un titre sur la couverture a particulièrement attiré mon attention. sont titre : "Parents, le devoir de cohérence". Alors j'ai acheté ce magazine... Et je n'aurais pas dû...

 

Lors que je l'ai ouvert, j'ai commencé à lire l'article en question. Il avait pourtant bien commencé. On nous y présente le témoignage d'une maman qui explique que c'est en criant qu'elle demande à ses enfants de se calmer. Effectivement, ce n'est pas très cohérent. C'est surtout parfaitement inefficace, voire parfaitement contre-productif...Jusque là, je suis plutôt d'accord. Mais ne nous réjouissons pas trop vite, parce que ça va sérieusement se gâter....

La cohérence, c'est appliquer les mêmes règles d'un jour sur l'autre...

Arrive ensuite un pédopsychiatre, qui nous explique que, je cite "la cohérence éducative, c'est avoir une réaction adéquate par rapport à la réaction de l'enfant, ses besoins, son état émotionnel". Et c'est là que ça commence à me faire "non" à l'intérieur...Il est question ici de prêter attention à l'enfant. D'être centrés sur l'enfant, ses besoins, ses ressentis, ce que je trouve important bien entendu. Mais pour moi, l'éducation, c'est D'ABORD ET AVANT TOUT de la relation. Et dans une relation, il faut au minimum être deux. Donc pour moi ce qui est important, c'est d’être attentif aux besoins de l'enfant, de ses ressentis ET DES NÔTRES.  Comme nous sommes des êtres de relation, il me parait indispensable voire salutaire, de prendre en compte les besoins et les ressentis de chacun dans les règles que nous posons. Mais ce n'est pas tout...

Etre cohérent, c'est appliquer les mêmes règles d'un jour à l'autre...

Vient ensuite le témoignage d'une maman qui explique que selon son état de fatigue, d'énervement, sa disponibilité, et tout un tas d'autres facteurs, certaines choses dans le comportement de ses enfants vont passer certains jours et d'autres pas du tout. Et le pédopsychiatre insiste sur l'importance de poser les mêmes règles quelque soient les circonstances. Et là, je sens la moutarde qui commence à me monter au nez...

D'abord, parce que dans mon activité d'accompagnatrice parentale, je rencontre très souvent des parents qui essaient tant bien que mal d'appliquer ce genre de choses, et ce sans grand succès, il faut bien l'avouer. et vous savez qui arrive alors ? Ils culpabilisent

 

Alors tout ça, c'est bien mignon, mais quand je lis ça, ça m'inspire une pensée magnifiquement illustrée par Mathou, de crayon d'humeur, dont je vous invite à découvrir le travail au passage...

Ce qu'on nous dit en gros, c'est que quelque soit la situation, il faut garder le cap. Tout se passe comme si on devait nier la réalité de nos ressentis, de nos émotions, etc... Et le problème avec les émotions, c'est que plus on les fait taire, plus elles se manifestent... Et vous n'allez pas tarder à comprendre comment.

 

Ensuite, parce que c'est précisément ce genre de conseil qui, je crois, a contribué à me mettre en difficulté en tant que maman, il y a plusieurs années, quand j'ai débuté dans l'éducation de mon enfant.

 

Moi même, en tant que jeune maman, devant ce genre de conseil, j'avais imaginé qu'il fallait tenir la barre coûte que coûte, tel un marin cramponné au gouvernail de son navire en pleine tempête. Et d'après ce que j'observe auprès des parents que j'accompagne, ça continue à faire de gros dégâts. Et j'ai du mal à croire qu'on en soit encore là en 2015...

 

Jusqu'à ce que je réalise que ce qui fait un bon marin, ce n'est pas de rester cramponné à la barre en toutes circonstances. NON.

 

Ce qui fait un bon marin, c'est d’être attentif à continuer de tenir la barre MALGRE sa fatigue, et la composition de l'équipage. Un bon marin sait être attentif aux vagues, au soleil, aux nuages, et à tout ce qui entoure son environnement. Et il adapte sa façon de naviguer à ce qui conditionne son environnement.

L'éducation, c'est être comme un marin... mais un bon

Or, il se trouve que ce qui nous permet de nous alerter sur les changements dans notre environnement, ce sont précisément nos émotions. Et plus largement nos ressentis. Je m'explique : Si je suis fatiguée un soir, c'est probablement parce que j'ai eu une journée chargée. Je peux donc faire le choix d'alléger mon emploi du temps pour économiser mon énergie, et rester disponible et patiente auprès des enfants. Ou alors cela peut être le signe que je devrais peut être revoir mes objectifs, apprendre à déléguer un certain nombre de tâches, ou peut être cesser de m'épuiser dans des choses inefficaces et revoir mes priorités. Bref, ma fatigue, pour ne parler que d'elle, est là pour me signifier quelque chose... et c'est précisément en l'écoutant et en apprenant à la gérer de façon constructive que je peux espérer être plus efficace pour atteindre mon objectif. Et du coup me sentir moins coupable et compétente en tant que parent.

 

Pour ne rien vous cacher, je suis intimement convaincue que chez un certain nombre de parents étiquetés comme "laxistes", mot que personnellement je n'emploie jamais, il y a à mon avis bon nombre de parents qui se sont efforcés de tenir la barre jusqu'à frôler l'épuisement.... Et qui ont fini par lâcher.

 

Entre parents, il faut poser les mêmes limites !

Un autre passage de cette article a retenu toute mon attention. Il est dit un peu plus loin que les parents doivent s’efforcer de se mettre d'accord. Et à mon avis, là encore, c'est assez utopique. D'abord parce qu'un père ou une mère n'ont pas la même patience, ils ne sont pas forcément fatigués au même moment, n'ont pas forcément la même notion de ce qui est important ou pas en matière d'éducation. Et la encore, faire comme si ce n'était pas le cas, me parait non seulement assez utopique. Ce qui me semble important, c'est de discuter ensemble sur les règles de vie. L'heure du coucher, les valeurs familiales, ou ce genre de choses. Mais se mettre d'accord sur les règles qui ont pour fonction de prendre soin de nous dans la relation, qui tiennent compte de notre fatigue et de notre état émotionnel, ne peuvent pas être les mêmes. Ce qui me parait important pour les enfants,  c'est davantage d'apprendre à gérer nos différences de façon constructive. D'apprendre à nous soutenir et à nous relayer quand l'un ou l'autre manque de patience ou se montre plus fatigué. Et encore une fois ce n'est pas en niant cet état de fait par devoir, qu'on y parvient.

Etre... humain

En conclusion, j'ai envie de dire que je commence à être fatiguée des conseils en tout genre, qui prônent ce qui devrait être, et critiquent la réalité de ce qui est. Oui, les parents d'aujourd'hui sont parfois fatigués, préoccupés par tout un tas de paramètres tel que le boulot, l'argent, leur couple, ou que sais-je encore... Et ce n'est pas en niant cet état de fait, ou en conseillant aux parents de faire comme si ce n'était pas le cas qu'on peut les aider de façon efficace. C'est au contraire en leur permettant d’être à l'écoute d'eux mêmes, et en leur apprenant à prendre des décisions qui tiennent compte de leurs ressentis qu'on leur permettra d'éduquer leurs enfants avec cohérence. Et au delà de ça, ils pourront montrer l'exemple à leurs enfants de parents qui savent s'adapter aux circonstances, tout en sachant garder le cap... Et c'est un formidable cadeau à leur faire croyez moi !

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Commentaires : 2
  • #1

    Isabelle (mercredi, 27 janvier 2016 09:40)

    Bonjour, tout est dit dans votre dernière phrase !!
    Isabelle (la maman d'hier soir) :)

  • #2

    Christel (jeudi, 19 mai 2016 12:39)

    Merci pour cet article. Je suis entièrement d'accord. Moi aussi, avant, j'étais abonnée à tout un tas de magazines sur la psychologie, la parentalité (peut être celui que vous avez lu d'ailleurs)... et je croyais vraiment qu'il fallait faire coûte que coûte tout ce qui y est écrit pour avoir une vie de famille harmonieuse (la famille parfaite sans aucun conflit à l'horizon). Quelle révélation et surtout quel soulagement quand j'ai lu dans un livre de Thomas Gordon que nous sommes des êtres humains et non des robots avec des besoins et une tolérance qui ne sont pas les mêmes d'un jour sur l'autre et qu'il faut en tenir compte et aussi que les 2 parents ne sont pas obligés d'être d'accord sur tout concernant les règles ! Ca a tout changé dans ma vie de maman.