Les limites.... des limites !

Je n'aime pas les limites. Voilà, c'est dit. A vrai dire, l'idée de devoir "mettre des limites" m'a toujours posé problème. Et c'est grâce à Valérie, une maman qui a osé pousser la porte des ateliers de parents, que j'ai pu appréhender de façon plus précise ce qui me gêne dans ce concept.  Et c'est à travers son histoire que je partage avec vous ma réflexion sur ce sujet.

 

Quand son fils a eu 9 mois, comme beaucoup d'enfants de cet âge, il a commencé à crapahuter à 4 pattes. Puis il s'est redressé sur ses pieds et un jour, il s'est lancé dans la grande aventure de la bipédie... Tout fier de cette nouvelle acquisition, il a logiquement cherché à exploiter les nouvelles capacités que lui offrait cette posture. Et il a commencé à vouloir se saisir de tout ce qui était à sa portée...

 

Et c'est là que tout à commencé... De la sage-femme, en passant par le pédiatre, mais aussi sa belle-mère, sa mère, sa grand-mère, sa concièrge, etc... Tous étaient unanimes :

"Il faut lui mettre des limites !"

Alors, en mère débutante mais néanmoins appliquée, Valérie s'est mise à l'affût de ses moindres faits et gestes, prête à bondir au moindre écart de conduite, à chaque fois que son rejeton toucherait à quelque chose de dangereux ou d'interdit :

"Non, ne touche pas ça !" - "Non, pas par là !"

Au début, tout allait bien. Puis, assez vite, elle a remarqué que son fils, n'obéissait pas. Plus elle lui disait de ne pas ouvrir le placard, de ne pas monter sur le canapé, de ne pas toucher au vase sur le meuble télé... Et plus il le faisait. Alors, toujours dans l'objectif de "mettre des limites" à son fils "pour son bien", et conformément à ce qu'on attendait d'elle, elle a commencé à répéter, répéter, puis petit à petit, se fâcher, pour finir par mettre son fils au coin... Pour qu'il intègre la limite.....

Les limites.... limitent le comportement

Vous allez me dire, c'est le but justement... Et vous avez bien raison. C'est le but, et le problème en même temps. Le but des limites est d'aider l'enfant à comprendre ce qui est permis ou non dans un environnement donné... Derrière le mot "limites", il y a l'idée de "limiter", c'est à dire faire cesser un comportement identifié par l'adulte comme inapproprié. L'attention des adultes se porte alors, comme c'était le cas pour Valérie,  sur le comportement de l'enfant, et ce, surtout s'il est inadéquat (mais ça j'y reviendrai plus bas).

 

Or, tout comportement a une motivation. Et chez un petit enfant, tout comportement, même s'il parait surprenant, incompréhensible et imprévisible pour l'adulte, est au service de la satisfaction d'un besoin ou de l'expression d'une émotion. En concentrant son énergie sur la disparition du comportement qui parait inadapté, Valérie réagissait à cette injonction dictée par son entourage. Ignorant tout de ce qui poussait son enfant à agir ainsi, elle s'est appliquée à expliquer, gronder, punir, crier, jusqu'à s'épuiser... Et surtout jusqu'à se rendre compte qu'elle s'engageait dans une voie qui ne correspondait pas à ce qu'elle voulait.

 

Lorsque je lui demande ce qu'elle souhaiterait, dans l'idéal, voici ce qu'elle me répond :

"Moi je voudrais qu'il m'écoute sans être obligée de crier et de me fâcher, mais on m'a dit que c'était ça l'éducation, qu'il fallait qu'il apprenne à obéir..."

En fait, Valérie s'appliquait à faire "obéir" son fils, parce qu'on lui avait dit que c'était le propre de l'éducation. Que le rapport de force était inévitable, que son fils devait comprendre que c'était elle qui décidait. Mais au fond d'elle, elle sentait bien que cela ne lui convenait pas... et son fils aussi.

 

Progressivement, elle a appris à non plus se concentrer sur le "mauvais comportement à faire disparaitre", mais à remettre ce comportement dans le contexte de son petit garçon de 3 ans, qui n'a pas la même façon de raisonner qu'elle qui est une adulte, et dont les mauvais comportements ne sont que des expériences et non pas des "bêtises", émises dans le but de la pousser à bout.

 

Elle a pu apprendre à être à l'écoute de ses ressentis, et du même coup se mettre à l'écoute de ceux de son enfant, afin de mieux comprendre ce qui le poussait à poser des comportements pas toujours adaptés. Et elle a pu non pas mettre des limites, mais des règles respectueuses des besoins de son enfant et des siens...

Les limites attirent l'attention sur ce que l'enfant fait de "mal"

Un autre inconvénient de la notion de "limites", c'est que l'attention de l'adulte va être concentrée sur ce que l'enfant fait de "mal". Exactement comme l'a vécu et rapporté Valérie, l'adulte va alors se concentrer à faire disparaitre le "mauvais comportement", sans forcément souligner "les bons" (la notion de "bon" ou de "mauvais" comportement", étant un jugement arbitraire, qui dépendra de beaucoup de facteurs)...

 

Or, les enfants ont besoin de l'attention des adultes... C'est un fait, et pas une maladie. Et les enfants petits qui n'auront pas manqué de remarquer à quel point ils attirent l'attention sur eux dès qu'ils émettent certains comportements, et pas quand ils en emettent d'autres, vont alors, fort logiquement, réitérer un comportement inadapté, précisément pour nourrir leur besoin d'attention ! Cela n'a rien à voir avec de la manipulation, car ce n'est pas intentionnel, ni dans le but de nuire à l'adulte, qui, justement à ce moment là se montre peu disponible... Qui n'a jamais entendu un parent dire :

"Il suffit que je tourne le dos pour qu'il fasse une bêtise ! "

Alors que derrière la "bêtise", se cache l'émergence de l'enfant qui a su observer ce que l'adulte lui a montré !

"Il a dépassé la limite !"

Ou encore : "Il a dépassé les bornes !" Qui n'a jamais entendu cette phrase ? Voilà encore un exemple de l'utilisation du mot "limite" dans l'éducation... Mais de quelle limite parle-t-on ici ? Il est facile d'imaginer qu'il s'agit de la limite de la patience de l'adulte.... En effet, certains comportements des enfants peuvent nous importuner de façon très légère à petite dose.... Et donc, nous pouvons être tentés de ne rien dire, parfois dans l'espoir que l'enfant s'arrête de lui même et passe à autre chose. Et parfois, c'est en effet ce qu'il se passe. Mais pas toujours....Alors au bout de la 3ème, 10ème, 50ème fois, au bout de 3, 10 ou 50 minutes, nous voilà franchement exaspérés ! Et là , il est temps que ça s'arrête ! Or, plus l'enfant est petit, moins il est capable de mettre du sens sur ses propres ressentis et ceux des autres. Il peut ne pas comprendre pourquoi ce qui n'a pas provoqué de réaction la première fois va déclancher une réaction la dixième....

 

Surtout qu'entre la première et la dixième fois, notre état émotionnel est rarement le même. Autant la première fois il sera facile de demander à l'enfant de cesser son comportement avec une voix ferme mais posée, autant si  nous attendons la dixième ou la trentième fois, la colère aidant, il est probable que notre ton ne soit pas le même....Alors au lieu d'agir, nous risquons de réagir sous l'emprise de notre colère, de crier, de nous énerver, voire de punir de façon disproportionner, ou même de mettre une fessée... et de culpabiliser après... 

Les limites doivent être claires et constantes....

La principale difficulté dans l'idée que les limites doivent être et constantes, c'est précisément que la constance est impossble....

 

Les règles qu'on va donner à un enfant vont dépendre en partie de l'environnement dans lequel il se trouve. Les règles ne seront pas les mêmes en fonction des lieux... Difficile donc pour un petit enfant de se repérer, surtout quand son cerveau immature ne lui permet pas de comprendre, ou de se souvenir, aussi bien qu'un adulte.... Et quand l'adulte ne se représente pas les difficultés de l'enfant à décoder son message en raison de son immaturité cérébrale, difficile pour lui de poser une "limite claire"...

 

De la même façon, les limites de ce qui est acceptable à un moment ou non, en fonction du niveau de patience et de disponibilité des adultes, est lui aussi très inconstant. Nous adultes, n'avons pas toujours le même degré de tolérance, en fonction de notre état de fatigue, de notre disponibilité, ou de notre capacité à faire respecter NOTRE besoin.... Et d'un adulte à l'autre, c'est variable aussi...

 

C'est la raison pour laquelle les conseils selon lesquels les limites doivent être claires et constantes sont aussi difficiles à mettre en place.

 

Finalement, "mettre des limites", c'est quoi ?

Vous l'aurez compris, le mot limite regroupe en fait plusieurs concepts qui peuvent s'avérer flous et abstraits dans la tête de beaucoup d'adultes, qui plus est si ce sont des parents débutants à qui on a juste donné l'injonction de "mettre des limites".

 

Il y a les limites qui enseignement à l'enfant ce qui est possible de faire ou pas. Pour ce type de "limites", je préfère pour ma part employer le terme de "règles".

 

Il y a également les limites qui renseignent l'enfant sur l'effet de son comportement sur son entourage. Si l'enfant doit intégrer une "limite", il est en effet nécessaire qu'il apprenne à appréhender les "limites" entre lui et les autres. Il a besoin des adultes pour comprendre que son comportement a un effet sur les autres, quand il entre en conflit avec le besoin des autres, ou quand il va provoquer une émotion chez l'autre, que celui-ci va exprimer à son tour par un comportement. C'est en apprenant à l'enfant à être respectueux des besoins des autres, qu'on va lui permettre d'entrer en relation de façon respectueuse. Mais cela implique de l'accompagner dans la découverte de ses propres besoins et émotions et aussi et surtout,  en les respectant nous mêmes.... Pensez-y !

Et dans les moments où vous craquez, perdez patience, je vous propose de chanter cette petite chanson qui vous aidera à évacuer vos tensions, et vous rappellera avec humour, que les limites... sont faites pour être transgressées !

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Commentaires : 2
  • #1

    moi (vendredi, 07 mars 2014 12:38)

    Excellent !

  • #2

    Marjorie (vendredi, 07 mars 2014 12:45)

    Merci... Contente qu'il vous ait plu...